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Antoon Krings : « Pour un enfant, c’est normal d’être un oiseau et de voler »

Que diriez-vous d’une balade dans le jardin d’un des plus grands auteurs-illustrateurs jeunesse, le père de Mireille l’Abeille et de Léon le Bourdon ? Le MAD expose ses Drôles de Petites Bêtes jusqu’au 8 septembre. Nous avons adoré et surtout nous l’avons rencontré.

 

 

Un jardin dans lequel on se promène librement. Voilà l’idée de scénographie imaginée par Antoon Krings et Anne Monier, la commissaire de l’exposition. On passe d’œuvre en œuvre comme une abeille butine de fleur en fleur. Il y a aussi des petites ouvertures, de toutes petites portes, pour ceux qui ne sont pas plus haut que trois pommes. Ça rappelle aux grands qu’eux aussi ont été enfants.

Drôle de petites bêtes est une promenade enchantée au cœur de l’univers d’un des plus grands auteurs-illustrateurs de la littérature jeunesse contemporaine.

À côté de ses créations, on découvre ses sources d’inspiration et les images qui imprègnent son imaginaire depuis l’enfance. Sublime ! À l’occasion de cette exposition, nous avons pu le rencontré. Avec Antoon Krings, on a parlé petites bêtes, écologie, enfance et corneilles parisiennes…  

Vous êtes né à Fourmies dans le Nord (ça ne s’invente pas), et avez grandi au cœur des jardins.

Oui, mes parents m’ont trouvé dans un nid d’oiseau… (rires).

Je voulais dire, vous avez passé votre enfance au contact de la nature. Racontez-nous un de vos premiers souvenirs de petites bêtes.

J’étais très attiré par la nature, par la faune, par les insectes. J’avais un grand sens de l’observation et, comme beaucoup d’enfants, je pouvais rester des heures à observer des choses minuscules : une colonne de fourmis, un papillon s’envoler, un bourdon… Les jardins sont une formidable terre d’aventures et d’explorations, une chasse aux trésors tellement riche entre ses fleurs et ses habitants…

Antoon Krings

Est-ce un morceau de votre enfance que vous nous révélez à chacun de vos livres ?

C’est sûr, les jardins de mon enfance m’inspirent et me permettent de développer mon imaginaire. Après, ce dernier fluctue en fonction de ce que je vis. J’essaie de retrouver mes souvenirs et surtout les sensations que j’éprouvais. En fait, je suis nostalgique de ma propre enfance. J’étais un petit garçon solitaire, rêveur, timide. Je dessinais comme tous les enfants dessinent pour s’exprimer au départ. Alors que la plupart abandonne à un moment donné, moi, je n’ai jamais cessé.

Aujourd’hui, qu’est-ce que ça évoque pour vous les jardins ?

J’ai gardé mon âme d’enfant. Je suis toujours aussi curieux de la nature et des animaux. Je vis à Paris, et même en pleine ville, j’observe. Par exemples, les corneilles qui fouillent les poubelles me fascinent (rires).

 À travers vos dessins et vos histoires, espérez-vous éveiller la conscience écologique des enfants ?

Je ne suis pas un militant écologiste, quoi que… En tout cas, je ne suis pas un activiste. Mais j’espère transmettre à travers mon travail, l’amour de la nature et l’envie de la protéger. C’est douloureux de savoir que les abeilles, les papillons disparaissent, que du coup, les oiseaux aussi disparaitront. Dans mon enfance, j’ai le souvenir de jardins foisonnants de vie. Au-delà de mon travail ; ça me perturbe beaucoup de savoir que la Terre est en sursis.

Vous avez commencé à travailler dans la mode. Quel élément vous a conduit à dessiner Mireille l’Abeille ?

Tout repose sur le dessin. À l’époque, j’étais styliste textile chez Ungaro et je travaillais sur une collection de foulards aux imprimés fleuris. J’avais déjà en moi ce désir de faire des albums jeunesse. Alors, j’ai posé un insecte sur une fleur. L’idée au départ était très vague. Je n’avais pas de plan de carrière. Je ne savais pas que j’allais consacrer 20 ans de ma vie à ces petites bêtes. Je voulais créer une collection, un univers, un monde parallèle.

Depuis, vous avez créé 65 albums qui ont été traduits dans 21 pays. Comment expliquez-vous ce succès ?

Ça vous échappe un peu. Je crois que c’est en étant sincère dans mon travail que j’ai réussi à toucher les enfants. Et je précise que j’ai commencé à faire ces albums alors que je n’étais pas encore père. De nombreux grands auteurs jeunesse comme Beatrix Potter, n’avaient pas forcément d’enfants. Ce n’est pas indispensable. En revanche, tous avaient en commun cette âme d’enfant. Le dessin devient alors une forme de prolongation de notre vie d’enfant. J’ai toujours préféré la spontanéité instinctive des petits à la logique des adultes. Ils ont une facilité réelle à ces mondes parallèles. Pour eux, c’est normal de parler à un chien, d’être un oiseau et de voler.

Comment travaillez-vous ?

Le processus de création peut être assez lent et complexe. C’est toujours une période d’angoisse pour moi. Chaque nouveau titre sera un nouveau personnage et une nouvelle histoire. Je dessine en même temps que j’écris. Je me nourris beaucoup de lectures sur les descriptions de mode de vie de la faune et la flore mais aussi des ouvrages de Colette, de Maurice Genevoix, etc. La lecture est fondamentale pour se mettre en condition.

Vous aimez habiller certains de vos personnages. Pourquoi ?

Ça m’amuse oui à la manière de Grandville, Beatrix Potter ou Ernest Howard Shepard (Winnie the Pooth) dont je considère faire partie de la même famille littéraire. Le fait de les habiller, les rend comme des petites personnes anthropomorphes. Mais d’autres petites bêtes sont plus réalistes ; elles sont tellement plus belles au naturel : la fourrure d’un bourdon, celles des abeilles… Ils n’ont besoin de rien de plus.

Sur quoi travaillez-vous en ce moment ?

Sur mes petites abeilles qui ont toutes un nom de fleur. Ce sera une série de portraits. Le prochain album s’appellera Dort Bouton d’Or. 

Y a-t-il des petites bêtes qui vous font peur ?

Non ! Je n’ai peur que des grosses bêtes !

Propos recueillis par Hélène Claudel


Drôles de Petites Bêtes d’Antoon Krings au Musée des Arts décoratifs
Du mardi au dimanche de 11h à 18h – Plein tarif : 11 € – Tarif réduit : 8,50 € – Gratuit pour les moins de 18 ans.