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La maternité, un sport de combat ?

À travers de nombreux témoignages, Honorine Crosnier révèle sans filtre La vérité sur l’accouchement et… sur la suite. Du dress code à la maternité jusqu’au premier vaccin du bébé, tous les états et émotions de la maman y passent. C’est drôle, féroce mais toujours bienveillant.  

Vous allez rire. Mais attention, vous allez aussi pleurer à la lecture du livre La vérité sur l’accouchement et… sur la suite écrit par la comédienne et humoriste, Honorine Crosnier. Alors que notre société a tendance à encenser la grossesse et l’accouchement, ce fameux « plus-beau-jour–de-notre-vie » n’est pas toujours ce à quoi on s’attendait. Et bien souvent, rien ne se passe comme prévu.

À travers de nombreux témoignages de femmes sur leur expérience de la maternité, l’auteur, aussi maman d’une petite fille, nous raconte sans tabou et plein d’autodérision ce que beaucoup d’entre nous auraient sans doute aimé savoir (ou pas) lors de leur première grossesse. C’est tendre, drôle, parfois féroce, toujours bienveillant.

Un livre truffé d’illustrations et de photos vintage qui parlera aussi à celles qui ont déjà accouché. Elles se reconnaitront peut-être dans la « femme enceinte crétine », dans « la peur d’accoucher » ou «de déféquer pendant l’acte » (sic !), dans « l’envie d’allaiter dans l’unique but de contrarier sa mère », dans ce besoin de tout imprimer dans sa mémoire pour se souvenir toujours, dans l’effroi devant la laideur de son nouveau-né ou dans l’envie d’étrangler le photographe de la maternité. De la valise du bébé jusqu’à son premier vaccin en passant par les forceps, l’épisio, la césarienne, l’allaitement, le périnée, le baby blues, le papa… tous, littéralement, tous les états, les émotions, les questions de la maman en devenir sont abordés. Même la reprise de l’alcool ! Cheers !

MORCEAUX CHOISIS

LA VALISE

« Et pour la maternité, t’as fait ta valoche ? » (Une copine de copine, la clope au bec, au milieu d’un dîner). On s’en fait tout un monde. À tel point que quelques semaines avant l’accouchement, les mots « sac », « baluchon », « trousseau », « valise », « bagage » donnent envie d’avaler une boîte de Lexomil, de creuser un trou, de se mettre dedans et de le recouvrir de terre. Une manière propre et romantique d’aborder le suicide avant de donner la vie sans faire de bruit et à moindre coût.

De la liste écrite noir sur blanc sur les papiers médicaux aux conseils de l’entourage, en passant, bien sûr, par ceux de votre mère — qui ne sont autres que des ordres —, la confection de votre valise et de celle du bébé peut devenir une affaire d’État, une source d’angoisse intarissable, escortée par une liste de questions existentielles que vous n’oserez partager avec personne. Entre la valise de la salle d’accouchement, celle de votre séjour à l’hôpital et du bébé, vous avez la tête qui tourne et vous confondez tout. S’enchaînent souvent de longues conversations secrètes et silencieuses avec vous-mêmes qui, d’après certains témoignages ressemblent à peu près à ça : « Et si mon bébé est moche ? Ou gros ? Combien de bodies ? De pyjamas ? Et les produits ? Je prends tout le corner ? C’est quoi la crème pour les croûtes ? Sympa. Il a intérêt à avoir des cheveux, sinon je te raconte pas la gerbe. Bon, je vais prendre des bonnets. Et pour moi ? Leggings ou chemise de nuit ? Quelles couleurs ? Je vais être tellement moche après l’accouchement. Et si je me faisais un total look corail, pour la bonne mine ? Quelle taille de culotte ? Mais si j’ai des couches, elles vont beaucoup se voir avec des leggings. Donc il me faut un T-shirt très, très long. Oh là là, la dégaine de plouc, quoi. Merci. »

Ne vous inquiétez pas, tout ira bien.


L’ARRIVÉE DANS LA CHAMBRE

Il est là. Il n’est plus dans votre ventre, il a un prénom, un bracelet, un pyjama et un petit bonnet. Votre bébé vit dans ce monde depuis à peine quelques heures et déjà, il semble tout attendre de vous. Quant à vous, vous espérez tout de vous-même. Si vous avez des centaines de fois imaginé votre accouchement, que vous avez mille fois regardé vos échographies pour tenter de donner un visage à votre enfant, et que vous avez tout autant de fois projeté le moment où il serait dans vos bras après sa mise au monde, vous n’avez jamais ou presque, imaginé l’émotion qui serait la vôtre lorsque vous pénétreriez dans cette chambre avec lui. Et pour cause, personne n’en parle.

Cette chambre, vous ne la connaissez pas plus que lui pour le moment. Tout vous est inconnu, le sol, les murs, les odeurs, les bruits et la vue qui se profile devant votre fenêtre. Tout est calme, silencieux et après l’agitation de l’accouchement, le silence se fait et vos émotions prennent place dans un désordre qui peut parfois ressembler à une « heureuse panique ». Et puis, il y a cette inquiétude, aussi, la vôtre. « Vais-je y arriver ? » ; « De quoi a-t-il besoin ? » ; « Est-il bien, là, dans cette position ? »

Dans cette chambre, tout commence. Et malgré la présence du père, vous savez que démarre la longue histoire de la relation unique qui lie un enfant à sa mère. Il y a maintenant tout à faire, tout à construire et même si le temps passe vite, à ce moment précis, il vous semble long. Toute ma vie sera liée à la sienne. Et désormais, sur cette terre, il y a un être qui compte plus que moi pour moi. Quand on y pense, c’est vrai que c’est vertigineux.


 L’EXPÉRIENCE VIENT… AVEC L’EXPÉRIENCE

« Quand je regardais les autres mères, je me demandais comment elles faisaient, celles qui avaient l’air tellement cool avec leur bébé. Moi je me sentais tellement nulle ! Je confondais tout, j’avais l’impression qu’il fallait avoir réussi l’ENA pour mettre une couche correctement, et un diplôme d’infirmière pour moucher mon enfant au sérum physiologique… je stressais tellement que toutes les cinq minutes je demandais à la sage-femme si je n’étais pas en train de faire les mauvais gestes.

Et puis trois ans plus tard, j’ai eu un deuxième enfant. Et là, tout est devenu simple. À la maternité, je maîtrisais. Normal, je n’étais plus une débutante. Alors j’ai compris ce qu’elles avaient de plus que moi, ces mères que je jalousais autrefois : de l’expérience. Et j’ai regardé d’un œil compatissant les nouvelles mamans, en me disant : “Ne vous inquiétez pas, pour vous aussi, un jour, ce sera facile…» Aïssa M, 40 ans.


LE PHOTOGRAPHE DE LA CLINIQUE

Alors que vous êtes enfin au calme avec votre mec et votre bébé, que la journée est belle et qu’il a bien fait son rot, le voilà qui frappe à la porte avec un petit sourire, une voix douce et un appareil à la main : le photographe de la maternité. Vous ne le connaissez pas, vous ne l’avez pour ainsi dire jamais vu et absolument pas invité et pourtant, il est là, planté devant vous en train de vous proposer une « tite séance de photo qui ne va prendre que quelques minutes ».

Vous ne voulez pas le vexer, et vous demandez à voir. « Après tout, pourquoi pas. » « C’est vrai que des photos de ces premiers jours, faites par un professionnel, ça peut être sympa, et puis, il a l’air gentil, en plus. » Vous allez hésiter. Et pourtant, voilà ce qui vous attend.

Des poses ridicules avec un lit penché à 90 °, le pied de votre enfant dans la main avec des cœurs tout autour, un album « Premiers sourires » incrusté de papillons sépia dans des couleurs de vomi, livré chez vous par une commerciale qui va vous parler comme à une débile, un album hideux posé sur votre table basse qui vous coûtera un bras la honte d’avoir acheté cet album et de le présenter ensuite à vos copains qui ne sauront pas quoi dire tant il sera monstrueux et enfin, la preuve censée vous rappeler à jamais à quel point vous étiez laide avec cette mine bouffie et ce teint de cochon quelques jours après avoir accouché.

Alors par solidarité avec celles qui ont posé comme des gourdes, acheté cet album 210 euros (non ce n’est pas une blague, mais vous avez le CD-ROM avec…) et qui ont fini par le cacher sous de vieux livres de cuisine, n’ayez pas peur et répondez-lui simplement : NON, NON, ET NON !


J’AI PERDU MON CERVEAU

Enceinte, votre cerveau a commencé à fondre comme un esquimau à la fraise devant un sèche-cheveux. Et ce n’était qu’un début. Toutes les jeunes mamans se sont posées la même question : mais où donc est passé mon cerveau ? C’est une sensation très angoissante, qui peut même rendre à moitié folles les plus maniaques et organisées d’entre nous. Au début, vous avez mis cela sur le compte de la fatigue. Mais avez le temps, vous vous rendez compte que vos oublis prennent des proportions hallucinantes. Vous oubliez une conversation que vous avez eue dix minutes auparavant. Vous vous faites des frayeurs en laissant bouillir la casserole d’eau sur le gaz. Vous zappez tous vos rendez-vous (sauf bizarrement, ceux qui concernent directement votre bébé). Vous égarez votre trousseau de clés, votre téléphone évidemment, vous oubliez votre chéquier dans les magasins et votre sac à main dans le bus. Parce que votre vie est devenue un enfer, digne d’une grand-mère en pleine crise d’Alzheimer, vous ne vivez plus qu’avez des listes, des bloc-notes et des Post-it scotchés sur le réfrigérateur. Votre mec commence à s’inquiéter sérieusement, il envisage même de vous faire passer des examens neurologiques. Mais pas de panique… votre cerveau n’est pas définitivement perdu, il a juste laissé un peu de place pour y loger votre bébé.

Et si c’était scientifique ?


La vérité sur l’accouchement et… sur la suite, par Honorine Crosnier, éditions Marabout.