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Pourquoi j’ai voulu devenir « doula »

Néram Nimindé a 34 ans. Elle est allemande d’origine tchadienne et vit à Bogotà. Elle est drôle et ressemble à Rick James lorsqu’elle a les cheveux mouillés. Sur instagram, ils sont presque 14 000 à suivre ses aventures de maternité et son chemin pour devenir une « doula », une femme qui accompagne les futures mamans.  C’est que @thereal_Little BirdsMama s’intéresse aussi aux traditions et aux rituels qui entourent la grossesse, loin de nos sociétés très médicalisées. Si elle se passionne pour tout ce qui entoure la naissance, c’est surtout la femme que cette jeune maman de trois enfants désire protéger. Nous avons eu la chance de la rencontrer. Que des good vibes !

Ce qui t’a poussé dans cette voie ?    

Petite déjà, j’étais attirée par les nouveaux nés, j’aimais les garder. Plus grande, je savais au fond de moi que je voulais faire un métier qui touche à « la vie ». Je rêvais d’être sage-femme. J’apprendrai bien plus tard que dans ma famille tchadienne, deux de mes tantes exerçaient ce métier, dont une qui était « doula ». Puis, j’ai abandonné cette idée qui ne me semblait pas réaliste à l’époque : je me suis donc inscrite dans une école de communication ! Rien à voir ! (rires…) Même si j’ai adoré travaillé dans ce secteur. Dix ans plus tard, je suis revenue à mon idée initiale.

Que s’est-il passé ?

Je vivais à Amsterdam et j’attendais mon deuxième enfant. J’avais un blog, Little Bird’s Mama (que j’ai toujours d’ailleurs) autour de la maternité et du voyage. Je travaillais sur une box post-partum pour les mamans ; je trouvais qu’il y avait beaucoup de choses pour les bébés mais très peu pour les jeunes mères qui ont souvent des accouchements difficiles voire traumatiques. J’en parlais en connaissance de cause puisque cela avait été mon cas. Mon premier accouchement avait duré 48 h, personne ne m’avait guidé, j’ai eu une lourde épisiotomie pour être au final séparée de mon enfant à la naissance…

Le déclic a été à l’issue d’un workshop organisé par une sage-femme traditionnelle mexicaine, Angelina Martina Mirandez. Il y avait des sages-femmes mais aussi des doulas, des infirmières en maternité, des massothérapeutes… etc. C’était mon monde. Je ne savais pas ce que j’allais y faire. Mais c’était par-là que je devais aller. Je comprenais qu’on pouvait envisager la naissance autrement. De nos jours, les grossesses et les accouchements sont très médicalisés sans forcément donner plus d’informations à la future maman.

Notre départ anticipé au Panama a confirmé mon intuition. J’y ai vu un signe pour changer de carrière. J’allais devenir « doula » et m’inscrire à des cours par correspondance (Childbirth International).

Qu’est-ce qu’une « doula » ?

Le mot doula vient du grec et signifie « serviteur ou soignant ». Il existe différents types de doulas : les doulas post-partum, les doulas ménopausiques, les doulas de fin de vie… toutes apportent leur soutien pour rendre une transition plus confortable.

Dans le contexte d’une naissance, une doula soutient la femme (et son partenaire) tout au long de sa grossesse, de son accouchement et pendant les premiers jours de la naissance. Cela peut être un soutien émotionnel mais aussi physique, éducatif et pratique.

Surtout la doula agit comme défenseuse de la mère : elle l’aide à prendre des choix éclairés et à faire l’expérience de la naissance qu’elle désire. L’accouchement est le moment où les femmes sont les plus vulnérables. C’est le moment où elles ont encore plus besoin d’être traitées avec gentillesse et respect… Une chose qui manque – bien sûr, pas toujours, car il y a d’excellents professionnels de la naissance et maternités. Mais encore trop souvent. (Je fais référence aux violences obstétricales ou accouchements traumatiques que je collecte ici ou là).

As-tu déjà exercé en tant que doula ?

Oui, au Panama. J’ai soutenu une femme lors de la naissance de son premier enfant. C’était très physique. Le bébé se présentant en position postérieure, il fallait que je lui masse les hanches, le bas du dos… J’ai aussi rassuré sa propre mère qui était très inquiète, son mari… À la fin, j’étais crevée… mais tellement heureuse ! On est entre la mort et la nouvelle vie, c’est magique ! Cette expérience m’a montré à nouveau à quel point le corps féminin est incroyablement bien conçu et à quel point les femmes sont fortes.

Ensuite, tu as poursuivi ton enseignement à Bogotà. Et tu es même passée de l’autre côté du miroir, en te laissant guider à ton tour, puisque tu attendais ton troisième enfant ?

C’est exact. Je me suis inscrite à une formation de sage-femme traditionnelle et de doula. J’étais enceinte et j’ai eu la chance d’être accompagnée par deux femmes exceptionnelles. Bon, elles n’ont pas vraiment eu le temps de me soutenir lors de l’accouchement puisque c’est allé trop vite… j’ai accouché seule avec mon mari à la maison… (rires…)

Il n’a pas été traumatisé ?

Non ! Je crois au contraire que ça l’a renforcé en tant qu’homme et en tant que père.

C’est surtout après la naissance de ton bébé que tu as été soutenue. Il existe d’ailleurs de nombreux rituels en Colombie. Raconte-nous.

Ici, le savoir-faire des sages-femmes se transmet d’une génération à l’autre. En général, elles sont aussi doula. Ce qui est au coeur de leurs préoccupations, c’est la jeune mère et son état de santé. Je devais boire des infusions de plantes médicinales toutes les deux heures pour le fer, le lait, les intestins, etc. Je devais aussi me baigner avec. Une fois par semaine, mes sages-femmes venaient pour me masser. Pendant les 40 jours qui ont suivi mon accouchement, je devais me soigner, me reposer, prendre mon temps afin que mon corps récupère. C’était un « temps sacré ».

À l’issue de ces 40 jours de post-partum, tu as vécu une incroyable cérémonie ? En quoi consistait-elle ?

Il s’agissait de clôturer le cycle de grossesse et le post-partum. C’est un rituel très ancrée dans la pratique des sages-femmes traditionnelles. Chaque mère devrait pouvoir l’expérimenter après l’accouchement. Je n’ai jamais rien vécu d’aussi agréable et attentionné.

D’abord, mes sages-femmes ont confectionné des gâteaux qu’elles ont placé sur mon ventre et le cou. La tradition veut que le chakra situé au sommet de la tête de la mère s’ouvre lorsqu’elle accouche si bien que la tête perd beaucoup de chaleur et donc devient plus réceptive à la douleur et aux maladies.

Ensuite, elles m’ont enveloppé, de la tête aux pieds dans des couvertures ne laissant dépasser que le nez et la bouche. C’était « la muerte chiquita » (« la petite mort »). Mon corps s’est réchauffé, c’était presque insupportable. Cela permet à la mère de remercier son corps pour avoir porté son enfant, de faire la paix avec sa grossesse, son accouchement, de fermer ce chapitre. C’était intense. Ensuite, on m’a lavé avec de l’eau infusé aux herbes. Puis j’ai été massée – le massage de ma vie ! – pour activer ma circulation sanguine, stimuler mon système nerveux et chauffer mes muscles et mes os.

Enfin, mes sages-femmes ont procédé à un rituel totalement inconnu en Europe : la fermeture de la symphyse pubienne et du coccyx (ces deux os s’ouvrent et deviennent flexibles lors de la naissance). S’assurer qu’ils sont bien fermés par une simple manipulation permet d’éviter de l’inconfort, des douleurs aux coccyx, à la symphyse et des problèmes intestinaux. J’étais étonnée que notre médecine moderne occulte complètement ce sujet.

Comment te sentais-tu après ?

Comme un papillon. Les femmes sages avaient passé trois heures à m’aider à me transformer en ce nouveau moi. Nous avons partagé un repas, j’ai bu du « lait d’or », une boisson à base de lait, de jaune d’œuf, de miel, d’épices et de cognac. Mon bébé et moi avons passé le reste de la journée au lit à dormir. Le lendemain, j’étais comme neuve.  

Que t’a apporté cette expérience postnatale dans ton approche doula ?

L’amour de mes sages-femmes, leur soin et leur sagesse m’ont véritablement changé. Ça a élargi ma compréhension sur la santé des femmes, sur ce corps incroyable et la façon dont nous pouvons l’honorer.

Propos recueillis par HC

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