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« Cultivez ses forces et votre enfant déplacera des montagnes »

Plutôt que de pointer leurs défauts, si nous misions sur leurs qualités ? Isabelle Filliozat, psychothérapeute, grande figure de la parentalité positive, nous aide à changer de regard sur notre éducation.   

Super Heroes Families par Andry Rajoelina.

 

C’est l’histoire du verre à moitié vide. Ou plutôt du verre à moitié plein. On a tendance à vouloir corriger les défauts de nos enfants. À relever les mauvaises notes, le manteau laissé à l’abandon par terre dans l’entrée, les bêtises. Et si nous prenions le problème à l’envers ? Si c’était leurs qualités qu’il fallait pointer du doigt ? Si c’était bien plus productif ? À l’occasion de la sortie du livre Cultiver ses forces* dans la collection Parent + qu’elle dirige, Isabelle Filliozat, psychothérapeute, grande figure de la parentalité positive, nous explique pourquoi c’est si important de développer les talents de nos enfants.

On entend beaucoup de choses sur la « parentalité positive ». Certains la considèrent comme une méthode trop laxiste. Qu’en pensez-vous ?

C’est une éducation qui respecte les besoins et les droits des enfants mais aussi des parents. C’est une alternative au « il faut », « tu dois », basée sur les neurosciences, une alternative à l’éducation traditionnelle qui vise à détruire les mauvais penchants de l’enfant.

La parentalité positive s’oriente vers la construction : comment je permets à mon enfant de dépasser ses limites.

Les Français ont toujours peur du laxisme, nous sommes habitués à la punition alors que dans les pays nordiques, ils ne comprennent même pas le concept. La parentalité positive donne des outils concrets au quotidien, basés sur des faits scientifiques, pour accompagner l’enfant à devenir un être responsable.

Mais si un enfant refuse de s’endormir en nous appelant sans cesse pendant deux heures. Comment l’y contraindre sans finir par s’énerver ?

« Contraindre », ce n’est pas possible. Les parents ont cette idée dans la tête qu’il faut que leur enfant s’endorme à 20 h. Mais si un enfant ne s’endort pas, c’est peut-être qu’il n’a pas sommeil ! Bien sûr, après s’être demandé s’il n’a pas vécu un traumatisme, s’il ne traverse pas une passage difficile, s’il n’est pas dans une période nouvelle d’acquisition. Il a peut-être loupé le premier train du sommeil. Dans ce cas, il faudra attendre 2 heures. On constate qu’entre 18 mois et 6 ans, la plupart des enfants s’endorment autour de 22h.

En effet, à ces âges, il y a un décalage du moment où la mélatonine va être sécrétée dans le cerveau et donc un décalage dans le moment de l’endormissement. À partir de 6 ans, elle se recale et les enfants s’endorment effectivement vers 20h. C’est la mélatonine qui dicte l’heure du coucher.

Il suffit d’un écran ou de la lumière trop forte d’une salle de bain au moment du brossage de dent pour que la sécrétion de la mélatonine soit retardée. Peut-être aussi que l’enfant aurait besoin d’être couché plus tôt. Dès que vous voyez les premiers signes du sommeil (l’enfant qui se touche le visage), commencez le rituel du coucher. Crier et punir sont inefficaces. La preuve ? Il faut toujours recommencer.

La parentalité positive implique-t-elle donc de passer son temps à tout expliquer à son enfant ?  

Pas du tout. Il ne s’agit pas de dialoguer, l’enfant n’est pas un adulte. Mais de comprendre comment son cerveau fonctionne et de s’y adapter. S’il laisse traîner son cartable, on ne va pas parler pendant des heures. On dit juste « cartable ». Si vous présentez à un enfant des haricots verts et qu’il vous lance un « non, je veux pas ». Ça ne veut pas dire qu’il ne veut pas d’haricots vert, il ne veut peut-être pas de la façon dont on lui présente à manger, s’il dîne par exemple tout seul, avant ses parents. La parentalité positive apportera des outils pour le comprendre.

Et qu’apporte le parentage centré sur les forces plutôt que sur les défauts ?

Cela nourrit l’estime de soi d’un enfant et lui permet de sentir à l’intérieur de lui ce dont il est capable. Cultivez ses forces et il pourra déplacer des montagnes ! Ça fonctionne aussi pour l’adulte. Plus on est conscient de ses propres qualités, plus on les utilise. Votre enfant est nul en math mais fort en français. Il a une bonne capacité d’analyse. Et s’il utilisait cette force en mathématique pour comprendre un énoncé par exemple ? Plus on travaille ses forces, plus on pallie à ses faiblesses. C’est pour ça qu’il est important que les parents soient conscients des talents de leurs enfants. Et pour cela, il faut qu’ils détectent eux-mêmes leurs propres forces.

Qu’est-ce qu’une « force » ?

Comme le souligne Lea Water dans son ouvrage Cultiver ses forces, cela peut être une compétence, une habilité, un intérêt, une caractéristique, un trait positif de caractère ou un talent.

Comment la déceler ?

Quand on est dans sa force, on ne s’épuise jamais. On est dans une utilisation intensive. On réussit mieux que les autres, on s’y sent bien. C’est aussi quelque chose qui nous fait grandir. Donc être fort en jeux vidéo par exemple, n’est pas une force… Observez votre enfant agir et écoutez-le parler, cela vous donnera de nombreux indices.

Comment ne pas tomber dans les compliments à tout-va ?

Pourquoi pas ! Mais, c’est complimenter pas comme d’habitude. On a tendance à faire remarquer à notre enfant ce qu’il fait mal. Par exemple, il n’a pas rangé son manteau pourtant il a rangé son cartable. Là, il s’agit de lui faire remarquer qu’il a bien rangé son cartable, on laisse tomber le manteau. Ça pourrait être : « tu as rangé ton cartable, bravo, ta capacité de rangement progresse ». On décrit ce que l’enfant à fait et la qualité mise en jeu. Il y a de forte chance qu’il range bientôt son manteau. De nombreuses études ont démontré que plus les enfants ont été encouragés dans leur force, plus ils s’épanouissent et réussissent scolairement comme dans leur vie future.

Propos recueillis par HC


* Cultiver ses Forces par Lea Waters, éditions JC Lattès, collection Parent +, 437 p., 20,90€