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Être amoureux à 4 ans

C’est l’âge où les enfants développent leurs relations sociales. Certaines vont s’avérer plus fortes que les autres… Déjà ? Alors quoi, c’est grave docteur ?

 

©Photo DR.

 

« Bah, c’est mon amoureux ! », répond Margot, 4 ans, comme une évidence lorsqu’on lui demande qui est Simon. Et d’ajouter : « Mais je ne sais plus où je l’ai rencontré. » Ils sont gardés ensemble depuis leur 1 an et partagent la même classe en moyenne section. Ils se disent des « je t’aime », se font des câlins, parfois des petits bisous, s’offrent des dessins, des cailloux (le trésor absolu), se tiennent la main et se manquent le week-end ou pendant les vacances. Ils s’inquiètent l’un pour l’autre lorsqu’ils sont malades, se consolent… se disputent aussi beaucoup… « Trop mignon », disent les parents attendris et parfois pas très à l’aise avec ce nouveau comportement. C’est vrai, qu’est-ce qui les lie au fond ces deux enfants ? De l’amour, vraiment ? Déjà ?

Pour y voir plus clair, on a relu le livre L’amour et l’amitié chez l’enfant de la psychologue Rachel Briand-Malenfant. D’abord, elle nous apprend que « le sentiment amoureux chez l’enfant naît de sa relation parent-enfant ». C’est cette dernière qui dessinera sa façon d’aimer. On comprend que sa sécurité affective sera déterminante dans son ouverture à l’amitié et à l’amour.

Bon, mais alors à 4 ans peut-on parler « d’amour » ?

Il semblerait que oui, seulement rappelle la spécialiste, « l’enfant ne se représente pas l’amour et la sexualité de la même façon que l’adulte, même s’il vit bel et bien une forme de sexualité. Il ne la pense pas et ne l’expérimente pas comme sexuelle, mais bien comme étant liée au plaisir du corps. » D’où les câlins, petits bisous, se tenir la main, etc.

En fait, entre 3 et 5 ans, les enfants entrent à l’école maternelle et se détachent peu à peu de la sphère familiale dont ils étaient dépendants affectivement jusqu’alors. Ils vont s’ouvrir aux autres et expérimenter l’amitié avec parfois des liens un peu plus forts que les autres. À cet âge, ils voient aussi « l’identité sexuelle se définir avec le sentiment d’être un garçon ou une fille, explique encore Rachel Briand-Malenfant. Ce processus dresse les bases de leur représentation des relations amoureuses. »

On fait comme papa et maman

Les petits enfants imitent les grands pour mieux apprendre. « C’est l’époque des jeux de déguisement, rappelle la psychologue dans son ouvrage. Les histoires d’amour qui se dessinent à cet âge ressemblent à des pièces de théâtre dans lesquelles garçons et filles jouent un rôle. Ils développent leur imagination et leur capacité à jouer à « faire semblant » d’être quelqu’un d’autre. Au-delà des idoles, les enfants d’âge préscolaire s’identifient généralement à leurs parents : il s’agit d’une façon de grandir et de développer leur identité. Ils veulent habituellement devenir comme papa, comme maman. » Profitons-en car ça ne durera pas…

Comment réagir ?

Avec simplicité même si voir votre petite Margot faire un smack au petit Simon ça vous dépasse un peu… Elle portait des couches il y a encore quelques mois ! « Il veut mieux éviter de juger l’importance des sentiments de l’enfant pour ne pas les minimiser ni les amplifier, assure le médecin. Il est également préférable de ne pas donner une attention trop grande aux relations amoureuses des enfants, en en parlant excessivement à l’entourage, notamment. Cela pourrait avoir pour effet de ridiculiser ces sentiments ou de gêner l’enfant. Cela pourrait également faire naître en lui des perceptions et des représentations de l’amour qui sont seules des adultes plutôt que les siennes. » En résumé, on laisse couler, sans jouer les mères inquisitrices et en recevant les confidences lors qu’elles se présentent. Votre enfant grandit… tout est normal !


À lire, L’amour et l’amitié chez l’enfant, par Rachel Briand-Malenfant, éditions CHU Sainte Justine, 2016, 168 pages, 11,95 €.