x

Les écrans et le cerveau de nos enfants

Les écrans sont partout et il faudrait habituer sur la Lune pour ne pas entendre les possibles effets néfastes sur le développement de nos enfants. Petite mise au point et conseils pratiques.

 

Dans Idiot Box, la photographe Donna Stevens a réalisé une série de portraits d’enfants regardant la télévision. Un questionnement sur leur rapport à la technologie.

« Ça rend nouille les écrans », vous ne cessez de répéter à vos enfants avec votre téléphone portable greffé dans la main (vous n’êtes plus à une contradiction près). Ah les écrans ! Le « fléau de notre siècle » d’après les spécialistes, le « danger pour le cerveau de nos enfants », comme on entend partout. Ils altèreraient leur développement cognitif mais aussi leur développement moteur et même leurs muscles en les habituant à plus de sédentarité. « Un enfant doit bouger », peut-on lire ici ou là.

À CHAQUE FOIS LA MÊME CRISE

Une récente étude menée à Rennes a démontré qu’une trop forte exposition le matin entraînerait, chez les 3 à 6 ans, des possibles troubles de la concentration et du langage. Le Haut Conseil de la Santé Publique préconise de bannir les écrans pour les enfants de moins de 3 ans. L’OMS, c’est 2 ans. Alors quoi, finis les épisodes de Peppa Pig ? On impose la « diète digitale » à nos marmots ?

C’est vrai que lorsque vous parvenez enfin à arracher, après 3 heures ardues de négo, votre enfant d’un épisode de Pat’Patrouille (ou de Chip et Patate d’ailleurs), c’est plutôt un bras que vous avez la sensation de lui arracher. Vous vous dites face à ce petit être qui hurle en se roulant par terre tout en humectant votre nouveau tapis berbère, que ça ne peut pas être « juste » un caprice. C’est à chaque fois la même crise. Ou alors, vous l’éduquez comme un pied. Ce qui n’est pas possible compte tenu des heures que vous passez à lire des bouquins sur l’éducation bienveillante. Alors, il y a autre chose.

COMME L’ALCOOL OU LA COCAÏNE

« C’est un produit addictif, explique la psychothérapeute Isabelle Filliozat dans une conférence. C’est un petit peu comme si vous lui donniez de l’alcool ou de la cocaïne. Ça stimule le noyau accumbens qui joue un rôle central dans le circuit de la récompense. Ce n’est pas de la comédie, l’enfant n’a aucun moyen de réguler. On le met sous opioïdes. Au moment où on arrête, ça déclenche une chute brutale d’opioïdes et entraîne le circuit de la douleur. » Ah quand même ! Et vous qui ne pensiez qu’à votre tapis berbère.

Sabine Duflo, psychologue clinicienne et thérapeute familiale, grande spécialiste de la question – elle a notamment écrit Quand les écrans deviennent neurotoxiques –  va dans le même sens. Sa conclusion, qui repose sur de nombreuses expériences, est sans appel :« les écrans trop tôt, en trop grande quantité et sans attention portée aux contenus sont neurotoxiques ». La preuve ? « Quand on supprime les écrans, les symptômes de l’enfant diminuent ou partent et ne reviennent pas. »

LES « 4 PAS » 

Bon, mais alors, on fait quoi, nous, avec nos enfants qui quémandent chaque soir « un petit épisode » avant le dîner ? Ce n’est pas comme si on les laissait des heures devant une tablette pendant qu’on se fait les ongles (même si, parfois, ce n’est pas l’envie qui manque). Sabine Duflo a mis au point ce qu’elle a appelé les « 4 pas ». Des repères qui permettent aux plus petits de « mettre en place tout ce qui est nécessaire avant d’aborder les écrans ». Parfois ça tombe sous le sens. Dans tous les cas, c’est appuyé par des études en neuroscience. Du sérieux, quoi.

Pas [d’écran] le matin : car en sur stimulant l’attention réflexe, l’attention volontaire, nécessaire à l’école, est épuisée. En clair, le matin, l’attention de l’enfant est la plus forte, l’écran la capte en entier.

Pas pendant le repas : car l’enfant a besoin d’échanges avec ses parents pour développer son langage.

Pas dans la chambre : car le parent perd le contrôle du contenu et du temps sur écran.

Pas avant de se coucher : car les écrans diffusent de la lumière bleue qui stoppe la sécrétion de mélatonine nécessaire à l’endormissement. Sans parler des images qui font peur et que le cerveau n’a pas le temps de traiter.

D’ailleurs, on vous conseille de télécharger F.lux, un logiciel qui adapte la lumière de votre écran en fonction de la lumière de votre environnement. C’est bon pour vos enfants, mais aussi pour vous, qui venez de lire cet article sur votre smartphone…

Envoyez-nous un message whatsapp